Dimanche dernier, les Sadducéens avaient posé une question piège à Jésus : " Faut-il payer l'impôt à César ? " Dans l'évangile d'aujourd'hui, c'est aux Pharisiens d'attaquer et ils font la demande suivante à Jésus : " Quel est le Grand Commandement ? ".
Il faut savoir qu'à l'époque de Jésus la tradition rabbinique comportait pas moins de 613 préceptes et lois. Tous étaient dit importants, aussi beaucoup de juifs ressentaient un malaise et avaient l'impression de se perdre et de se disperser dans ce fouillis de prescriptions. Jésus répond en donnant une réponse attendue et évidente : " Le plus grand des commandements de la Loi c'est : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit ". Mais ne voilà-t-il pas qu'il continue et qu'il rajoute ce que personne n'attendait : " Et voici le second qui lui est semblable : tu aimeras le prochain comme toi-même ".
Ça, c'est tout à fait Jésus. Il va toujours plus loin et plus profond et déborde le cadre des questions qu'on lui pose. Il oblige les gens à prendre du recul et à revoir leurs questions sous un autre angle, à les compléter... Dimanche dernier, les Sadducéens s'étaient cantonnés au seul impôt dû à César et Jésus avait essayé de leur faire comprendre qu'il existe aussi d'autres devoirs plus importants. Tout comme il est logique de rendre à César la pièce qui porte son effigie, il est tout aussi logique que l'homme rende à Dieu cette part de lui-même qui est faite à l'image de Dieu.
Aujourd'hui, frères et soeurs, le Seigneur met les choses au point pour nous chrétiens. En disant de l'amour du prochain qu'il est semblable en importance à l'amour de Dieu, Jésus nous met en garde contre certaines déviations. Un croyant ne pourra jamais au gré de ses humeurs choisir entre ces deux objectifs qui sont à la fois distincts et semblables. Ce n'est pas l'amour de Dieu OU l'amour du prochain qu'il faut pratiquer, mais bien plutôt l'amour de Dieu ET l'amour du prochain qu'il faut mettre en pratique. Ces deux amours se complètent, se renforcent mutuellement mais ne sont pas interchangeables.
Il serait par exemple erroné de fuir les engagements du monde, de se désintéresser des luttes, des besoins, des joies et des peines des hommes pour se cantonner seulement dans la prière et la méditation. Ce serait une fuite du réel. Tout comme il serait tout aussi faux de se lancer à corps perdu dans des actions caritatives, des réunions syndicales, des luttes pour la liberté, des campagnes pour les plus défavorisés... si l'on n'a plus aucun lien avec celui qui devrait inspirer ces actions, si l'on ne trouve plus un moment pour se mettre à son écoute.
Ce n'est pas pour rien que Jésus dit du second commandement qu'il est semblable au premier. Il est très facile de dire que nous aimons Dieu, et là-dessus nous nous faisons souvent beaucoup d'illusions. Le Christ nous donne comme un baromètre qui nous permet d'apprécier, de mesurer cet amour de Dieu : c'est l'amour du prochain. La preuve que nous aimons Dieu c'est que nous aimons nos frères, et cette preuve ne ment pas. C'est exactement ce que disait St Jean : " Si quelqu'un dit : j'aime Dieu, et qu'il déteste son frère, c'est un menteur. Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, ne saurait aimer Dieu qu'il ne voit pas. "
Nous comprenons encore mieux comment ces deux commandements sont identiques quand nous lisons le Jugement dernier dans St Mathieu. Le Christ dit : " Tout ce que vous aurez fait au plus petit de mes frères, c'est à moi que vous l'aurez fait ". Le Christ, en fin de compte, prend le visage de notre prochain et quand nous aimons celui-ci c'est Dieu que nous aimons. L'histoire de St Martin avec son manteau illustre bien cela aussi. Ayant donné la moitié de son manteau à un mendiant, un jour de grand froid, le Christ lui apparut le soir-même revêtu de cette moitié de manteau. Notre amour du prochain est donc une manière concrète de montrer notre amour à Dieu tout comme c'est souvent dans l'amour de Dieu, dans la prière et la méditation que nous puisons la force d'aimer notre prochain.
Amour de Dieu, amour du prochain, ce sont les deux ailes qui
nous permettent de garder notre cap vers en haut. C'est sur ces deux choses
d'ailleurs que nous serons jugés : " M'as-tu aimé, as-tu
aimé tes frères ? " Puissions-nous, frères et soeurs
pour bien pouvoir répondre à ces deux questions, commencer par
bien les vivre aujourd'hui.
Amen
30ème Dimanche ordinaire. Année
A