LES MAUVAIS VIGNERONS


Aujourd'hui, le Seigneur nous raconte sous forme de parabole l'histoire du salut. Il suffit de remplacer le propriétaire de la vigne par Dieu, la vigne par le Peuple de Dieu - Israël et les vignerons par les chefs et les prêtres et tout est facile à comprendre.

D'ailleurs, la 1ère lecture d'Isaïe et l 'évangile nous racontent la même histoire. Dieu s'est choisi un peuple : Israël, pour se faire connaître des hommes. La Bible nous raconte comment Dieu a préparé et guidé ce peuple, comment il l'a protégé. Mais ce peuple à la nuque raide s'est souvent détourné de Dieu. Alors Dieu lui a envoyé des prophètes pour le ramener dans le droit chemin, mais ces prophètes ont souvent été maltraités et rejetés : rappelez-vous Jérémie et ses jérémiades. Alors Dieu a envoyé son propre fils : Jésus, et les siens ne l'ont pas reçu, ils l'ont cloué sur une croix. Aussi, parce qu'ils ont tué et rejeté son Fils, le Royaume de Dieu leur a été enlevé et un autre peuple a pris la relève d'Israël : le nouveau Peuple de Dieu, l'Eglise, où se côtoient des hommes de toutes races et de toutes langues...

Comme toujours, le Christ parle d'abord pour les auditeurs présents, ses paroles sont un avertissement pour le peuple choisi et spécialement pour ses chefs. Ceux-ci d'ailleurs l'ont compris mais n'en ont pas tenu compte. Mais Jésus parle aussi pour les auditeurs futurs, ses paroles sont alors un avertissement pour l'Église et pour chacun d'entre nous. Car, frères et sœurs, nous sommes l'Église, nous sommes ce nouveau peuple de Dieu, nous sommes cette vigne dont le Seigneur prends soin. Nous sentons-nous concernés ?

La première chose que nous devons retenir c'est de ne pas faire la même erreur que du temps de Jésus : croire que c'est arrivé, que c'est nous les meilleurs, croire qu'en dehors de nous tout est mauvais... Ce qui est arrivé à Israël juge aussi l'histoire de notre Église elle-même. Au long des années, les diverses péripéties militaires ou politiques, les conditions économiques ou l'air du temps l'ont éloignée parfois du souvenir de la promesse du Royaume. L'Église a eu tendance à "posséder" des dogmes, des vérités, des pouvoirs, des bâtiments, des institutions plutôt qu'à produire les fruits du Royaume qui sont : la justice, la liberté, l'amour, le pardon des ennemis, la fraternité... etc. C'est la tentation permanente de l'avoir, de se faire un Royaume sur terre, et plus encore, de s'imaginer être le Royaume.

La deuxième chose que nous devons retenir c'est qu'en tant que membres de l'Église, le Seigneur nous appelle à faire fructifier sa vigne, Dieu nous invite à en être les ouvriers : "Entrez vous aussi dans ma vigne !" Il compte sur nous pour la mettre en valeur et vous savez bien que pour qu'une vigne porte du fruit il faut savoir tailler, émonder, nettoyer. L'Église ne s'améliorera pas si chacun de nous dit : "Il n'y a qu'à..." Mais elle deviendra plus sainte si chacun d'entre nous à son niveau fera tout pour vivre radicalement tout ce que le Seigneur nous dit dans l'Évangile. En fin de compte, l'évangile d'aujourd'hui nous met chacun devant nos responsabilités de chrétiens : pour que grandisse le Royaume il faut notre collaboration. Le Seigneur remet entre nos mains la vitalité de nos communautés, de nos familles. Comme la vigne que Dieu a plantée, elles doivent s'épanouir et porter du fruit.

La meilleur manière pour porter du fruit c'est encore de rester intiment uni au Christ comme un sarment est rattaché au cep qui lui fait passer sa sève... Loin de lui toutes les valeurs se dégradent, se transforment en raisin vert : le bien devient mal, l'argent serviteur devient maître et l'amour devient égoïsme à deux… Oui, restons unis au Christ et ensemble portons du fruit, du vrai, du bon, du fruit qui demeure. C'est ce que je nous souhaite à tous et à toutes.               Amen

27ème dimanche ordinaire Année A