Nous les connaissons tous, ces deux enfants évoqués dans la parabole de Jésus : s'ils ne sont pas parmi nos propres enfants , se sont alors nos petits-enfants, nos neveux, ou ils appartiennent à une famille proche.
Chacun de nous peut mettre un nom sur ce gosse " à la tête de mule " mais " au coeur d'or ", toujours prêt à se rebiffer tant il craint que l'on porte atteinte à sa liberté, mais qui, sans rien dire, va faire ce qu'on lui a demandé. Bien connu aussi cet autre toujours souriant, facile à vivre, répondant au quart de tour des " oui, papa ", des " tout de suite, maman " convaincants, mais que l'on retrouve une heure après toujours plongé dans sa lecture ou sa musique sans avoir bougé le petit doigt.
C'est à l'attitude de ces deux enfants que Jésus compare nos réactions, mais tout d'abord celle des autorités juives de son époque.
A travers une histoire d'apparence anodine et inoffensive, Jésus vient de mettre en accusation les chefs des prêtres et les anciens qui l'entourent. Eux, les officiels de la loi, de la morale et de la religion, eux qui se réclament haut et fort d'être des fils d'Abraham, eux les professionnels du " oui " à Dieu, ils se sont contenté d'observer, de juger et de condamner Jésus et ils n'ont pas bougé le petit doigt pour le suivre et entrer travailler dans la nouvelle vigne du Royaume. Alors que d'autres, ceux qui étaient catalogués comme des négateurs de Dieu, des habitués du " non ", des exclus, des irréguliers de la société, des prostituées et des publicains, ceux là ont été remués, ils se sont laissés séduire et embarquer par le jeune prophète qui venait vers eux pour les inviter à la vie, à l'amour, à la table de Dieu. Eux ont sauté sur la chance, alors que les pharisiens imbus de leur science n'ont pas bougé...
Cette histoire des deux fils est-elle seulement d'il y a vingt siècles ? Ne serait-elle pas la nôtre aujourd'hui ? Si Jésus revenait, que dirait-il à nos nations civilisées, aux collectivités qui se réclament de lui, que dirait-il à chacun d'entre nous ? Il dénoncerait à coup sûr l'hypocrisie de nos sociétés où l'on parle souvent de justice, de liberté, de paix, pour masquer les égoïsmes collectifs, les entreprises de domination et les rêves de prestige...
Jésus nous montrerait aussi sans doute que beaucoup travaillent dans la vigne, alors même qu'ils semblent avoir répondu " non ". Que d'hommes, sans " pratiquer " une religion, sans clamer les grands mots d'amour et de charité, vivent avec une générosité qui transfigure leur vie. Aujourd'hui encore, on les rencontre là où on ne s'y attendait pas. Dieu fait signe de tous les côtés...
Sans doute Jésus dirait-il aussi aux Églises et à chaque chrétien qu'il ne suffit pas de clamer " Seigneur, Seigneur... " pour vivre dans l'esprit de Jésus. On n'y est d'ailleurs jamais définitivement installé. On n'est jamais établi dans le OUI à Dieu. Il n'y a pas de concession à perpétuité dans le Royaume de Dieu. Il faut sans cesse se reprendre, sans cesse redémarrer, sans cesse se remettre en cause. Notre attitude à l'égard de Dieu ne ressemble-t-elle pas à ce qui se passe parfois dans la vie de certains couples mariés ? Au début, on s'était donné mutuellement un " oui " généreux, mais peu à peu on se laisse submerger par le train-train quotidien, on ne sait plus quoi se dire, on sombre dans l'indifférence et un beau jour on découvre qu'on est étranger l'un à l'autre. Le OUI initial est devenu un Non dans la pratique de la vie, simplement parce que le couple avait oublié que ce OUI est à renouveler quotidiennement, non pas seulement en paroles, mais dans les faits de la vie de tous les jours. Il faut, là aussi, comme le premier gamin " se repentir " pour pouvoir renouveler sa vie de couple et partir à nouveau travailler dans la vigne.
Et bien frères et soeurs, que l'Eucharistie d'aujourd'hui
soit pour chacun d'entre nous le lieu du repentir, le lieu de la prise de conscience
qui précédera un engagement plus vrai pour un travail plus efficace
dans la vigne du Seigneur.
Amen
26 ème dimanche ordinaire Année
A