Les ouvriers de la dernière heure

Nous avons entendu dans la 1ère lecture Dieu inviter les contemporains du prophète Isaïe à un profond changement de mentalité : " Mes pensées ne sont pas vos pensées et mes chemins ne sont pas vos chemins. " et la parabole des ouvriers de la dernière heure enfonce bien le clou : nous ne pensons vraiment pas comme Dieu.

Sensibilisés aux problèmes aigus du chômage et de la défense des droits sociaux nous avons vite fait de déclarer inacceptable la conduite du maître du domaine. Pensez donc, il soumet ses ouvriers aux décisions arbitraires du bon vouloir patronal ! Et au plus profond de nous-même, spontanément nous faisons nôtre la protestation des ouvriers de la première heure...

Imaginez les un peu, ces ouvriers de la première heure qui ont trimé toute la journée et " enduré le poids du jour et de la chaleur " lorsque s'avancent les derniers embauchés et qu'ils perçoivent le salaire promis : une pièce d'argent. Il s'attendent bien évidemment à recevoir plus et ils déchantent quand le maître du domaine leur remet à eux aussi seulement ce qui avait été convenu ! Faisant ainsi, le maître bouscule nos échelles d'évaluation d'une rétribution équitable et choque notre sens de la justice sociale

Mais, frères et soeurs, est-il question dans cette parabole de droit au travail, la leçon qu'elle veut donner porte-elle sur la justice sociale ? Non, la pointe de la parabole est ailleurs. Le champ pour lequel le maître embauche c'est le Royaume de Dieu, car c'est de cela qu'il s'agit ici : du Royaume de Dieu ! Le Seigneur, de la première à la dernière heure invite tous les hommes a y travailler, donnant à chacun sa chance. Personne n'est avantagé, il n'y a pas de privilèges ou de passe-droit à cause de soi-disant mérites, de naissance, d'appartenance au peuple de l'alliance ou à cause de ceci ou de cela. Les murmures des ouvriers font écho à ceux du frère aîné de l'enfant prodigue rappelez-vous lorsque son père l'accueille à bras ouverts, ou encore à ceux des pharisiens et des scribes devant l'attitude de Jésus à l'égard des publicains et des pécheurs. Comme tous ceux là, les ouvriers de la première heure symbolisent tous ceux : pharisiens et scribes d'hier... et d'aujourd'hui qui, au nom de prétendus droits acquis sur Dieu, au nom de soi-disant privilèges, s'étonnent et se scandalisent de l'attitude de Jésus à l'égard des pécheurs :. Comme si le salut n'était pas un don extraordinaire et gratuit de Dieu, dépassant infiniment nos propres mérites !

Jésus se range au côté du maître de la vigne, comme au côté du père accueillant son fils perdu et retrouvé. L'attitude de ces deux personnages reflète sa propre conduite, celle précisément qu'on lui reproche. A ceux qui contestent son comportement envers les pécheurs, il ose déclarer : Dieu n'agit pas autrement que moi ! Dieu est comme ce père qui fête le retour de son fils, comme ce maître du domaine qui donne le même salaire aux derniers venus qu'aux premiers.

Chez Dieu, ne l'oublions jamais mes frères, les derniers, les malchanceux, les rejetés seront toujours mieux placés que les suffisants qui se croient et se font les premiers et cela pour la simple raison que Dieu est bon. Qu'il change au cours de cette eucharistie notre regard mauvais en regard de tendresse pour que notre manière de voir se rapproche désormais de la sienne.             Amen


25 ème dimanche ordinaire Année A