PARDONNEZ 77 FOIS 7 FOIS…

Les textes de la messe d'aujourd'hui complètent ceux de dimanche dernier. Vous vous rappelez, St Mathieu nous avait montré combien chacun doit se montrer responsable de son frère en le ramenant sur le droit chemin lorsqu'il fait le mal. Aujourd'hui, le Christ nous montre ce qu'il faut faire lorsque quelqu'un a des torts envers nous, autrement dit, il nous indique comment et surtout pourquoi il faut pardonner.

Pardonner ! mes frères, voilà une chose bien difficile pour nous qui sommes plutôt portés presqu'instinctivement à user de la loi du talion : " Dent pour dent, oeil pour oeil " - " Il m'a fait tel mal, je lui rends tel mal ". C'est pour cela que St Pierre, lorsqu'il demande au Christ combien de fois il faut pardonner à son prochain, croit faire un effort surhumain en proposant : " Faut-il pardonner jusqu'à sept fois ? " (vous me direz que ce n'est déjà pas si mal si nous pardonnons 7 fois à la même personne...) Mais le Christ ne raisonne pas comme nous, c'est pour cela qu'il dit à Pierre : " Non pas 7 fois, mais 77 fois 7 fois " ce qui signifie qu'il faut pardonner sans compter, inlassablement, indéfiniment, toujours.

Cela est dur à encaisser et à comprendre surtout aujourd'hui quand nous nous souvenons du 11 septembre, des meurtres d'enfants et de bien d'autres horreurs... Mais pardonner, cela ne veut pas dire accepter que l'autre persévère dans son injustice et dans le mal. Pardonner n'est pas un laisser-faire, ni une caution donnée à celui qui exploite et qui oppresse. Il ne faut surtout pas oublier que tout pardon donne à celui qui est pardonné la possibilité d'une nouvelle existence, d'un redémarrage. Il lui permet de vivre autrement, de sortir de ses torts, d'avoir des relations autres. La parabole d'aujourd'hui nous explique justement pourquoi le Christ nous demande cela.

Le roi qui règle ses compte c'est Dieu. Celui qui doit beaucoup (des millions d'Euros actuels) c'est chacun d'entre nous. Le petit débiteur (une centaine d'euros) c'est n'importe lequel de nos frères. Nous ne pourrons jamais nous acquitter de la dette que nous avons auprès de Dieu. Celle de nos frères vis à vis de nous est minime en comparaison, alors la conclusion de la parabole est logique : " Ne devons-nous pas à notre tour avoir pitié de nos frères comme Dieu a pitié de nous ? "

Bien plus, à partir de maintenant le pardon de Dieu dépend de notre manière de pardonner. Déjà Ben Sirac le Sage dans la 1ère lecture l'avait compris lorsqu'il disait : " Pardonne à ton prochain le tort qu'il t'a fait ; alors, à ta prière, tes péchés te seront remis ". A travers les Évangiles, de nombreuses paroles du Christ disent la même chose. : " Si vous pardonnez aux hommes leurs manquements, votre Père céleste vous pardonnera aussi, mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos manquements. " (Mt 6). Dans le même chapitre 6 St Luc nous dit : " Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux... Ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés. " ou encore St Marc 11 : " Quand vous êtes debout en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez afin que votre Père vous pardonne aussi vos offenses. "

Et puis, frères et soeurs, il y a encore cette prière que vous récitez souvent sans trop en mesurer la portée, le " Notre Père " dans laquelle vous demandez à Dieu qu'il vous pardonne vos offenses de la même manière que vous, vous pardonnez à ceux qui vous ont offensé. Y pensons-nous assez ? et osons-nous la dire en vérité ?

Et bien, frères et soeurs, nous venons d'entendre cette parole de Dieu, est-ce que cela va nous amener à changer quelque chose dans notre vie ? Moi qui suis fâché avec mon voisin à cause de racontars, d'opinions politiques ou de nuisances sonores... vais-je par mon attitude, mon salut, mon sourire ou mes paroles lui montrer mon pardon ? Moi qui suis brouillé avec mon mari ou mon épouse, vais-je faire les premiers pas de la réconciliation Moi qui suis brouillé avec mes parents ou mes enfants, vais-je renouer le dialogue ou le contact avec eux ? Si oui, si je suis capable de cet effort il me sera à moi aussi beaucoup pardonné. Si non, à quoi la Parole de Dieu aura-t-elle servi pour moi ce matin ? et qu'est-ce que je fais ici dans cette Eglise ?

Oui, qu'est-ce que je fais ici dans cette Eglise alors que le Christ nous a dit : " Si tu présentes ton offrande à l'autel et si là, tu te souviens d'un grief que ton frère a contre toi, laisse là ton offrande devant l'autel et va d'abord te réconcilier avec ton frère... "                           Amen

24 ème dimanche ordinaire. Année A