IL LUI FALLAIT SOUFFRIR...

S'il y a quelque chose dont nous n'aimons pas entendre parler c'est bien de croix et de souffrance...! Nous avons alors tendance à avoir les mêmes réactions que St.Pierre tout à l'heure dans l'évangile quand Jésus annonce aux Apôtres qu'il va souffrir et mourir : "Ah non ! Cela ne peut être."

La réaction de St.Pierre nous la comprenons aisément. Quelques minutes auparavant il avait proclamé :"Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant." Et le Messie, pour lui et pour les Juifs de son temps, c'était avant tout celui qui viendrait libérer Israël de l'occupation romaine et redonner gloire et puissance à son peuple. Eux, ses disciples auront alors de très bonnes places dans ce nouveau Royaume ! En parlant de souffrir et de mourir, Jésus faisait s'écrouler tous ces rêves de grandeur, ce qui explique la réaction violente de St.Pierre.

Jésus, en essayant d'expliquer aux Apôtres, et à travers eux à nous, la nécessité de la souffrance dit : "Il faut que le Fils de l'homme aille à Jérusalem pour souffrir et pour mourir... Ce "il faut" nous montre bien que Dieu pense autrement que nous, que ses pensées ne sont pas nos pensées... Jésus veut nous donner une nouvelle façon de concevoir la vie :
      - pour vivre vraiment il faut savoir tout donner même sa propre vie.
      - nous croyons que bien vivre c'est avoir tout, c'est posséder tout, c'est amasser tout ; pour Jésus c'est au contraire tout donner...
      - nous croyons que la mort est un échec, une fin ; pour Jésus elle est le chemin normal pour entrer dans la nouvelle vie.
      - nous croyons que la souffrance est inutile ; pour Jésus elle est source de grâce et d'approfondissement...

Oui, frères, la souffrance est quelque chose que nous trouverons tous tôt ou tard au coeur de nos vies. La souffrance est un mal, on ne peut l'aimer pour elle-même ou alors on n'est pas normal. Mais la souffrance peut être parfois aussi un moyen qui nous aide à devenir meilleur, comme le feu purifie le métal. Ce qui compte, ce n'est pas la souffrance en elle-même, ce qui compte c'est notre manière de l'accepter, de la vivre, de nous en servir pour qu'elle tourne au bien plutôt qu'au mal. Une grande souffrance peut révolter ou aigrir certains et ils se trouvent après encore plus désespérés, plus solitaires et plus égoïstes qu'avant. Mais la même souffrance acceptée peut rendre quelqu'un plus attentif aux malheurs des autres, plus bienveillants à leur souffrance et plus compréhensifs à leur peine. La souffrance bien vécue purifie, elle transforme, elle renouvelle, elle appelle au dépassement continuel de soi-même.

Le disciple n'est pas plus grand que son maître, par là où Jésus a voulu passer nous aussi nous aurons à passer. C'est d'ailleurs lui-même qui nous y invite en disant : "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même et qu'il prenne sa croix." Mais souvenons-nous toujours, frères et soeurs, qu'une croix que l'on traîne à contre coeur derrière soi est bien lourde à porter car elle reste accrochée à tous les obstacles du chemin... mais si on la prend à bras le corps, si on la cale bien sur ses épaules, alors elle est bien plus maniable et plus facile à porter...

Frères et soeurs, entrons donc pleinement aujourd'hui dans l'esprit du Christ pour ne pas mériter la même remontrance que Pierre : "Arrière, Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes." C'est nous qui avons à changer nos pensées, ce n'est pas Dieu !

Et pour terminer je vous ferai la même recommandation que St.Paul tout à l'heure dans l'épître : "Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait."
Amen


22ème dimanche ordinaire Année A