Foi de la Cananéenne

Juger quelqu'un sur sa race, sa religion ou sa condition sociale c'est faire preuve d'étroitesse d'esprit et c'est se condamner à être injuste. Trop souvent méfiance, crainte, rejet, sont des attitudes spontanées vis-à-vis de l'étranger, cet autre qui parfois nous dérange et que nous ne comprenons pas toujours. On oublie trop vite que l'étranger est d'abord et avant tout un homme, un homme qui a droit au respect et à la différence au même titre que nous-mêmes. Et après tout, ne sommes-nous pas nous aussi des étrangers pour les autres ?

L'évangile que nous venons d'entendre aujourd'hui est intéressant à plus d'un titre et il met, à mon sens, l'accent sur cela : Dieu aime tous les hommes, sans faire acception de personne... Au regard de Dieu la valeur d'une personne ne se juge pas d'après son appartenance à une race, à une société ou à une classe, mais à sa qualité humaine et à la qualité de sa foi.

Tout semblait séparer Jésus de la Cananéenne. Tout d'abord, une femme ne parle pas en public à un homme, ensuite entre Juifs et Cananéens les relations étaient tendues et les uns méprisaient les autres. Pourtant la femme, bravant tous ces obstacles adresse à Jésus sa demande pour la guérison de sa fille. Le silence de Jésus et sa réponse très dure peuvent surprendre, mais ne découragent pas la Cananéenne qui, avec une humilité merveilleuse, se range même aux raisons données par le Christ : " Oui, bien sûr, je ne suis pas de la famille du maître, je ne suis pas une juive, mais considère moi comme un petit chien de la maison qui grappille les miettes qui tombent de la table... " La foi courageuse, ferme et humble de la Cananéenne arrache à Jésus ce cri d'admiration : " Femme, ta foi est grande ! "

Ce cri de Jésus prend toute sa valeur si on le replace dans le contexte de l'évangile de Saint Mathieu, car rappelez-vous, dimanche dernier, ce que Jésus dit à Pierre, son apôtre, qui l'appelle au secours de peur de sombrer dans les eaux , il lui dit : " Homme de peu de foi ! " D'un côté son apôtre qui manque de foi... de l'autre cette païenne dont la foi est grande !

Oui, frères et soeurs, il faut sortir des catégories toutes faites et des classifications sans appel. Il nous faut faire preuve d'une ouverture constante au monde et aux autres. Israël se croyait propriétaire des privilèges qu'il avait reçus au point d'être incapable d'accueillir la nouveauté de Jésus-Christ. C'est une tentation constante pour toute communauté de se croire propriétaire de la vérité : on s'enferme dans des traditions qui se figent, on crée des ghettos où l'on tourne en rond... On se contente de réserver son amitié et sa considération qu'à ceux qui nous ressemblent ou qui sont de notre bord et nous restons indifférents vis-à-vis des autres considérés comme des gens qui n'ont rien à nous apprendre, des quantités négligeables.

Jésus est venu faire éclater tout cela, il est venu pour tous les hommes, et il nous demande de les respecter et de les aimer tous d'un amour sans frontières, sans réserve. Nous devrions être capables nous aussi d'admirer le bien, le bon et le beau que nous trouvons chez l'autre et de lui rendre hommage en éliminant de notre coeur certains pincements de jalousie froissée...

Aimer ainsi c'est aimer à la manière de Dieu, c'est se modeler sur Jésus-Christ qui nous a dit : " Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé ", c'est être tout simplement " chrétien universel "... ce qui veut dire : pour tous... C'est d'ailleurs ce qu'Isaïe faisait dire à Dieu dans la 1ère lecture : " Ma maison s'appellera maison de prière pour tous les peuples "
Amen


20 ème dimanche Année A