Les textes de la messe de ce dimanche nous ballottent entre deux extrêmes... D'un côté l'ouragan qui brise les rochers et fend les montagnes, le tremblement de terre et le feu, la tempête et les vagues... et d'un autre côté, le murmure d'une brise légère dans laquelle Elie rencontre Dieu ou le calme d'un soir à l'écart de la foule où le Christ rencontre lui aussi Dieu dans la prière.
Je pense que la leçon que cette liturgie veut faire passer est claire. Tôt ou tard, qui que nous soyons, nous serons confrontés à des obstacles, à des oppositions, à des bouleversements dans notre vie. Il faudra alors savoir se mettre à l'écart et savoir se tourner vers Dieu.
C'était le cas d'Elie dans la première lecture. Pour avoir résisté à la reine Jézabel qui voulait introduire en Israël le culte du faux dieu Baal, Elie est en danger de mort. Il s'enfuit alors au sud du Sinaï, vers la montagne de l'Horeb, là où Moïse, lui aussi, s'était un jour rendu à l'appel de Dieu. Et là, Dieu lui apparaît. Mais alors qu'Il s'était manifesté à Moïse dans le vacarme des éléments déchaînés, au Prophète épuisé et découragé Dieu se manifeste avec douceur dans la brise de la montagne.
A Saint Pierre, ballotté dans la tempête et le vent sur le lac de Thibériade, Jésus apparaît aussi pour calmer, pour apaiser. Quand le manque de foi et la peur submergent Pierre et lui font perdre pied, la main du Seigneur est là pour lui redonner foi et courage et pour calmer les flots.
Jésus lui-même, à de multiple reprises a ressenti ce besoin de moment de calme pour se retrouver en tête à tête ou en coeur à coeur avec son Père. Après avoir nourri les 5000 personnes, il a tout fait pour s'extraire de cette foule qui l'acclamait qui voulait le voir, le toucher et en faire son roi... Il laisse tout le monde pour aller prier dans la montagne.
Et nous, frères et soeurs, ne ressentons-nous jamais ce besoin de nous retirer, de nous mettre de temps en temps à l'écart comme le Christ pour prier et retrouver Dieu. Dans les bousculades de la vie, dans le tumulte des machines, des voitures, des transistors et des T.V. le Seigneur est là qui nous invite à nous mettre à l'écart pour mieux le rencontrer. Au cours de ce face à face il n'est même pas nécessaire de parler, il suffit de laisser l'initiative au Seigneur, de le laisser enfin parler dans le silence et le calme de notre coeur. Vous connaissez tous cette histoire que l'on prête au curé d'Ars intrigué par un paysan qui se tenait devant le tabernacle sans remuer les lèvres, sans que rien dans son attitude puisse faire croire qu'il priait. Comme il lui demandait ce qu'il faisait là, le brave paysan lui répondit : "Je le regarde et il me regarde..." Comme cela ferait du bien à beaucoup d'entre nous de profiter de ce temps de vacances pour regarder d'un peu plus près le Seigneur et surtout de se laisser regarder par lui !
Oui, regarder le Seigneur et nous laisser guider par lui, malgré
les eaux démontées et les vents rugissants. Alors, quelques énormes
que soient les obstacles à franchir, si violente que soit la tempête
à affronter, je n'aurai pas à trembler, à hésiter,
à avoir peur de perdre pied, car je saurai que le Seigneur est là,
sa main toujours tendue vers moi et qui me dira comme aux Apôtres désemparés
sur le lac :"Confiance, c'est moi, n'aie pas peur."
Amen
19ème dimanche ordinaire Année
A