DONNEZ LEUR VOUS-MÊMES A MANGER

Il faut manger pour vivre ! cela est une évidence, et l'homme n'échappe pas à cette exigence. Il faut aussi que la nourriture soit adaptée à celui qui la prend : à une voiture il faut de l'essence, à un bœuf il faut de l'herbe, à un homme il faut du pain… Les nourritures terrestres suffisent pour le corps de l'homme, mais ce dernier a beaucoup d'autres faim à apaiser : celle de l'esprit, celle du cœur, celle de l'âme.

Si le Christ est venu sur cette terre, c'est pour apaiser aussi ces faims-là, pour étancher ces soifs-là : " Venez à moi, vous qui avez faim, vous qui avez soif… " nous a-t-il dit tout à l'heure dans la lecture du livre d'Isaïe. Oui, le Christ est vraiment celui de qui découle toute vie, de la main de qui nous vient toute nourriture. Outre le pain matériel qu'il nous donne en fécondant les sillons et en faisant germer les graines, c'est lui aussi qui nous donne le pain de l'intelligence qui s'appelle VERITE, le pain du cœur qui s'appelle AMOUR, TENDRESSE, AMITIE, et c'est toujours lui qui nous donne chaque dimanche le pain de l'âme par sa Parole et son Eucharistie.

Mais il est un passage de l'évangile que je ne voudrais pas passer sous silence car je le trouve très intéressant. Aux disciples qui lui demandaient de renvoyer les gens chez eux pour qu'ils aillent chercher à manger, le Christ répond : " Donnez leur vous-même à manger ". Il aurait aisément pu faire une sorte de miracle qu'on n'aurait eu qu'à admirer et à recevoir passivement… Mais Jésus préfère mettre les apôtres dans le coup. Il a voulu qu'ils cherchent, qu'ils se démènent, qu'ils fassent un peu comme Ducros, qu'ils se décarcassent. Il a voulu qu'ils donnent tout ce qu'ils ont, même si c'est peu. Et c'est à partir de ce peu : cinq pains et deux poissons, donné par les apôtres que le miracle a pu avoir lieu.

C'est, je crois, la manière habituelle de faire de Dieu qui nous demande toujours de mettre la main à la pâte, de donner tout ce que l'on peut donner d'efforts, de prières, de patience et de courage et après, Lui, il fera le reste, et ce reste sera sans commune mesure avec les dons et les efforts fournis. C'est d'ailleurs ce que la sagesse populaire résume dans ce dicton bien connu : " Aide-toi et le ciel d'aidera ".

Mais ce verset : " Donnez leur vous-mêmes à manger " peut apporter aussi une lumière sur certain de nos comportements et de nos pratiques qui ne sont pas toujours très justes. Il nous arrive sans doute quelques fois de prier ainsi pour nos frères : " Seigneur, donne-lui la paix, donne-lui la joie, fais que la justice triomphe etc. " sans compter notre fameuse prière avant les repas : " Donne du pain à ceux qui n'en ont pas… ! " Et bien, soyez sûrs que lorsqu'il entend ce genre de prière le Christ a bien envie de nous dire à nous aussi comme il a dit à ses apôtres: " Donnez lui d'abord vous-même de la paix, de la joie, de la justice ou du pain… " Par là il nous invite à passer aux actes, à ne pas nous contenter de dire mais de faire. La prière ne consiste pas à nous reposer sur Dieu seul, elle est d'abord là pour nous donner le courage des actes. Dieu veut avoir besoin de nous et c'est à travers nous qu'il fera passer sa justice, sa joie, sa paix et son pain.

Frères et sœurs, que ce Pain de vie que nous allons recevoir tout à l'heure nous rende plus forts et plus agissants. Qu'il nous identifie toujours davantage au Christ lui-même pour que nous comprenions, que c'est à travers nos mains qu'il veut continuer à aider nos frères, que c'est à travers notre cœur qu'il veut continuer à les aimer, que c'est à travers notre bouche qu'il veut continuer à les encourager.
Amen

18° Dimanche ordinaire. Année A