Nous pouvons le constater aisément, rien n'est simple dans le monde, rien n'est totalement noir et rien n'est totalement blanc. Bien et mal sont inextricablement liés, la justice côtoie l'injustice, l'amour n'est pas loin de la haine, on peut découvrir même de l'égoïsme dans la générosité la violence et la douceur, la tristesse et la joie, le calme et la tempête, tout cela se trouve dans notre monde mais aussi dans la vie de chacune et de chacun d'entre nous à l'image de l'ivraie qui lève avec le blé dont vient de nous parler l'évangile.
Et alors devant tout cela il y a la réaction première, je dirai presque primitive, des serviteurs de l'évangile qui disent au Christ : " Nous allons arracher tout cela ". Il y a toujours eu à travers le monde et les âges des durs et des purs qui ne pensent qu'à une chose : arracher, purifier et qui vont même allègrement jusqu'à la purification ethnique de sinistre mémoire ! Il faut de l'ordre ! Blanc c'est blanc et noir c'est noir ! Cette réaction est beaucoup plus répandue qu'on ne croie, et puisque nous sommes en période de vacances, je vais tout simplement vous lire pour illustrer cela un poème de Michel Hubault intitulé " Qu'attends-tu donc, Seigneur ! "
" Un jour n'en pouvant plus, j'ai crié :
mais enfin, Seigneur, qu'attends-tu pour intervenir ?
Encore un peu de temps et il sera trop tard !
Ne vois-tu pas toutes ces semences du mal :
herbes folles de l'égoïsme, chienlit de la haine,
ronces de l'injustice qui envahissent notre terre ?
Il y en a partout !
Dans les rues et dans les maisons, dans les usines et les bureaux,
dans les villes et les campagnes, dans les palais et dans les tripots,
dans les laboratoires et dans les tribunaux,
dans les assemblées nationales et internationales,
dans les églises et les monastères et même peut être, au Vatican !
Qu'attends-tu Seigneur ?
Si tu laisses faire il n'y aura bientôt plus sur notre terre,
un seul mère carré où pourront pousser
les fleurs de la tendresse, du pardon et de la paix
que tu avais semées avec tant d'amour et de profusion à l'aube de la création.
Qu'attends-tu, Seigneur ? pour envoyer quelques commandos d'anges musclés
pour nettoyer cette planète qui finira par étouffer ?
Fais quelque chose ! Tu ne manques pourtant pas de moyens !Et le Seigneur me répondit ce jour-là :
" Commence par retirer l'ivraie de ton jardin,
aide ton voisin à nettoyer le sien,
cultive et entretiens patiemment les fleurs du bien,
le reste me regarde. Fais-moi confiance,
je saurai à l'heure de la moisson, trier et engranger
ce que les hommes auront produit de bon
Oui, et c'est là la leçon que veut nous donner cet évangile : face au mal, imitons la patience de Dieu et surtout sa confiance que la moisson finira bien par lever. L'enfant prodigue est revenu vers son père - le bon larron a rejoint le royaume parce que Dieu a été patient - et comme nous le disait la première lecture de la Sagesse " à ceux qui ont péché, il accorde le pardon ". S'il faut condamner le mal, évitons cependant de condamner nos frères mais sentons-nous responsables d'eux et aidons les par notre exemple à cheminer vers Dieu.
Que cette parabole nous pousse surtout à cultiver avec
soin le champ de notre cur afin qu'il produise davantage de blé
et moins d'ivraie, qu'il produise surtout les fruits de l'Esprit, ces fruits
qui selon St Paul dans l'épître aux Galates sont : " Amour,
joie, paix, patience, bienveillance, bonté et fidélité"
" C'est ces fruits là que Dieu engrangera lors de la moisson finale.
Amen
16° Dimanche ordinaire. Année
A