Rien n'est plus dissolvant que la peur : elle paralyse tout élan, tout enthousiasme, elle empêche d'être soi-même, de s'exprimer et, si l'on regarde autour de nous et en nous, les peurs ne manquent pas : santé, sécurité, emploi, survie de la planète... peur de la souffrance, de la mort, de la solitude, de l'échec, du qu'en dira-t-on etc... etc...
Les apôtres eux-mêmes ont éprouvé la peur devant le départ du Christ qui les laissait livrés à eux-mêmes, devant la difficulté de témoigner, devant l'hostilité des juifs qui les fait se calfeutrer et s'enfermer au Cénacle. C'est pour conjurer toutes ces peurs que dans l'évangile que nous venons de lire Jésus leur dit et à nous aussi: " N'ayez pas peur, ne craignez pas ! ".
La seule motivation qui nous incite à ne plus avoir peur c'est la présence et l'exemple du Christ. Il a affronté des difficultés innombrables, des oppositions... mais il est toujours resté libre. Il a affronté la mort librement, il ne l'a pas subie malgré son angoisse. Il l'a apprivoisée, il l'a vaincue parce qu'il l'a vécue totalement et librement.
A la suite du Christ, et comme lui, les apôtres doivent vaincre, dompter leurs peurs. Leur vie appartient à Dieu : personne ne pourra la leur ravir. Ils sont convaincus que chaque homme est précieux aux yeux de Dieu, qu'ils ont un défenseur auprès du Père qui intercède pour eux. C'est d'ailleurs la leçon que nous donne Jérémie dans la 1ère lecture.
Condamné à prophétiser de mauvaises nouvelles, Jérémie se fait mal voir des autorités en place qui l'accusent de haute trahison et le jettent en prison. Après s'être, dans un premier temps amèrement plaint de cet état de chose, (d'où les jérémiades...) Jérémie se ressaisit et sa foi en Dieu vainc ses doutes et sa peur : " Le Seigneur est avec moi...je n'ai rien à craindre. "
Et c'est, je crois, frères et soeurs, la leçon que ce dimanche veut nous donner : s'il n'est pas en notre pouvoir d'éviter la peur, il y a cependant un moyen de la surmonter, d'être plus forts qu'elle : c'est la confiance en Dieu, la foi en sa Providence. Si nous devons nous persuader aujourd'hui que pour Dieu nous valons bien plus que tous les oiseaux du monde, nous devons aussi nous persuader que Lui ne va pas faire toute chose à notre place. Il a créé un monde en " état de cheminement " vers une perfection à venir, où le mal et le bien, la joie et la douleur sont intimement liés S'il a fait cela c'est qu'il a voulu avoir besoin de nous pour le faire progresser, mais avec tous les risques de dérapages et de dérives que cela peut comporter. Une chose est sûre, c'est que le dessein de Dieu se réalisera immanquablement au-delà de tous les obstacles. C'est d'ailleurs en surmontant ces obstacles, ces malheurs, ces adversités inhérentes à toute vie, que nous pourrons montrer réellement notre attachement à ce Dieu qui nous aime, car disait Ste Catherine de Sienne : " Tout procède de l'amour, tout est ordonné au salut de l'homme, Dieu ne fait rien que dans ce but. "
Et bien oui, ne craignons pas, abandonnons-nous filialement à la Providence et écoutons l'invitation que nous fait Saint Pierre dans sa 1ère épître au Ch.5 " De toute votre inquiétude déchargez-vous sur Dieu car il prend soin de vous. " Amen
12ème ordinaire Année
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