SI TU VEUX, TU PEUX OBSERVER LES COMMANDEMENTS
Nous avons tendance, frères et soeurs, à nous forger
chacun notre propre morale, et : Dieu, dans ses commandements, le Pape, dans ses
encycliques, le curé, du haut de sa chaire, peuvent bien dire ce qu'ils veulent,
nous n'en faisons qu'à notre guise, selon notre conscience disons-nous.
A entendre l'évangile d'aujourd'hui, Jésus semble donner raison à première vue à ce genre de réaction. "Les anciens vous ont dit...eh bien, moi je vous dis" cette phrase revient comme un refrain dans l'évangile. Il y a cependant, si nous y regardons de plus près, une grande différence entre nos réactions d'indépendance à nous et celles de Jésus. Si nous interprétons la loi c'est presque toujours en notre faveur, pour l'alléger, pour la contourner, pour l'édulcorer et la rendre inopérante... alors que Jésus, lui, dans son "...moi je vous dis" va au contraire plus loin et plus profond que l'exigence même de la loi. C'est pourquoi il nous dit à nous tous et toutes ici rassemblés : "Si votre justice ne surpasse pas celle des Scribes et des Pharisiens vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux !"
La justice des Scribes et des Pharisiens c'est quoi ? C'est simplement une observance tatillonne et à la lettre de la loi. On prend bien soin d'accomplir scrupuleusement ce que demande la loi, mais on ne fait rien de plus, on n'y met pas son coeur. L'unique préoccupation c'est l'observance extérieure et autant que possible de manière que cela se voie afin d'être bien vu et estimé des autres. La loi n'est qu'un instrument pour se mettre en valeur ou pour se donner bonne conscience. C'est pour cela que le Christ nous dit en parlant des pharisiens : "Ils ont déjà leur récompense." ils ont reçu ce qu'ils voulaient : l'estime des hommes.
La justice selon Jésus Christ, c'est tout à fait différent, ça se passe dans le coeur, c'est la fidélité non à une loi mais à quelqu'un, à une personne. On se décide à observer une loi, non pas pour la loi qui n'est rien en elle-même, sinon un simple garde fou, mais parce que c'est une manière de montrer à Dieu qu'on l'aime, qu'on l'estime, qu'on sait se surpasser pour Lui. L'observation de la Loi, prise ainsi, est une réponse aimante et généreuse à quelqu'un qui nous aime et que nous aimons. C'est pourquoi Jésus ne veut pas supprimer la loi : "Je ne suis pas venu supprimer la loi, mais l'accomplir" c-à-d la rendre plus parfaite, lui donner tout son sens. Jésus ne se contente pas de l'acte extérieur, il va plus profond, il va jusqu'au coeur, jusqu'à l'intention.
Dans les trois exemples qu'il nous donne dans l'évangile il montre bien que tout se joue à l'intérieur du coeur humain, le bien comme le mal. C'est la colère qui pousse au meurtre... c'est le désir du coeur qui conduit à l'adultère... c'est la duplicité qui entraîne au mensonge... Ce que Jésus veut nous montrer, c'est que ce n'est pas l'observation de la loi en elle-même qui est importante mais la motivation, l'intention qui nous pousse à le faire. L'important c'est ce qui se passe dans le coeur. Mais qui dit COEUR, AMOUR, dit aussi LIBERTE. On ne peut pas aimer sur commande, l'amour traduit une conviction intime, il ne calcule pas, il ne marchande pas, c'est un choix spontané. C'est ce que nous dit très bien la première phrase de la première lecture de Ben Sirac le Sage où le Seigneur nous dit : "Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l'eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères."
Et bien au cours de cette eucharistie, frères et sœurs, nous demanderons au Seigneur de nous donner sa Sagesse, de nous éclairer pour que nous puissions mieux comprendre ce choix qu'il met devant nous. Que nous puissions comprendre que sa Loi n'est pas un code de la route pour brimer et défendre, mais qu'elle est un appel à nous dépasser pour nous rapprocher de lui, pour aimer davantage. "Aime et fais ce que tu veux" disait déjà St.Augustin, en effet, quand on aime il n'y a rien de petit même dans une loi, quand on aime il n'y a rien d'inutile, quand on aime il n'y a jamais rien de trop dur, de trop grand ni de trop beau. A notre baptême, par l'intermédiaire de nos parrains et marraines nous avons dit OUI à Dieu. Ce OUI nous l'avons fait nôtre à la confirmation. Que notre Oui reste Oui pour aller plus loin et plus profond dans cet amour qui nous relie à Dieu. Amen
6ème Dimanche Ordinaire Année A