Souvent quand la lecture de l'évangile est trop longue on ne lit qu'un raccourci, la lecture brève. Je n'ai pas voulu le faire aujourd'hui car ce récit de la guérison d'un aveugle-né se déroule comme une pièce de théâtre avec différents actes qui tous ont quelque chose à nous apprendre. Pour compenser la longueur, et à la satisfaction générale, je pense, je ne ferai qu'un commentaire assez court
Tout commence par le regard de Jésus qui, sortant du Temple, voit sur son passage l'aveugle. Aussitôt les disciples posent la question que tout bon juif se posait : " Est-ce lui qui a péché pour être aveugle, ou bien ses parents ? ". Jésus, lumière du monde, écarte ce préjugé fantaisiste en disant que le handicap physique n'est pas une punition envoyée par Dieu. L'aveugle une fois guérit commence alors un procès durant lequel il sera seul au centre d'un débat dont sa guérison est le sujet
- Il y a d'abord ceux dont le regard demeure à
la surface de l'événement : les voisins, les habitués
Ils sont partagés sur la réalité de cette guérison
: c'est lui, c'est pas lui
et aussi sur le comment car il flairent là
quelque chose de sensationnel.
- Il y a ceux dont le regard, d'emblée a été celui du soupçon
d'autant plus que l'action s'est déroulée un jour de sabbat, donc
pas " politiquement correcte ", donc elle ne peut venir de Dieu. Les
Pharisiens s'enferrent tellement dans leur obstination qu'ils vont jusqu'à
douter que l'homme ait été aveugle. Selon eux il n'aurait pas
le droit de voir car il n'est pas passé par leur filière et peut
à peu ils s'enfoncent dans leur aveuglement.
- Il y a ceux qui ne veulent pas se compromettre sous le regard des autres et
risquer des sanctions : ce sont les parents. " Oui, il est guérit,
disent-ils, mais ne nous demandez pas comment à nous, demandez-le lui
car il est assez grands pour s'expliquer
" Ils sont de ceux qui ne
veulent pas se mouiller.
- Il y a enfin l'ancien aveugle, isolé, ballotté de l'un à
l'autre et qui ne cesse au fil du récit de s'affirmer, il ira même
jusqu'à lancer quelques piques ironiques à ses juges : "
voulez-vous vous aussi devenir ses disciples ? " On croit le voir tenant
tête à tous ses interrogateurs
Il se dégage de lui
une force tranquille car il croit. Cet homme progresse lentement dans la découverte
de celui qui l'a guéri. Pour lui il est d'abord " l'homme qu'on
appelle Jésus " puis " un prophète ", puis "
un homme qui vient de Dieu " et enfin " le Seigneur ".
Oui, ce Seigneur qui l'a guérit c'est celui-la
même qui avait déjà déclaré : " Je suis
la lumière du monde " et nous, chrétiens, nous sommes de
ceux qui s'ouvrent à cette lumière. Par le baptême nous
y avons été introduits et le cierge remis à notre parrain
en a été le vivant symbole. Mais si nous voulons tout au long
de notre vie nous ouvrir à la lumière du Christ et vivre d'elle
certaines conditions s'imposent :
- tout d'abord l'humilité pour accepter que
les vues de Dieu ne correspondent pas toujours aux nôtres (les Pharisiens
n'ont pas pu franchir cet obstacle).
- Ensuite la loyauté pour rechercher la vérité sans aucune
échappatoire quelles que soient les exigences.
- Et enfin la confiance pour s'abandonner aux directives du Seigneur, sans hésitations
ni tergiversations. Imaginez un peu l'aveugle se demandant " vais-je y
aller ou pas, à Siloé ? ".
En définitive, frères et surs, s'ouvrir à la lumière c'est se donner tout entier à l'Amour révélé par Jésus-Christ : s'y donner, en vivre et le partager Amen
4° Dimanche de Carême. Année
A