Cet évangile de la Samaritaine nous montre Jésus sous son vrai jour. Un homme, un homme comme les autres, qui se fatigue à marcher sous le soleil de midi, un homme assoiffé d'eau fraîche, un homme adossé à la margelle d'un puits et qui entame une conversation avec une femme qui vient pour y puiser de l'eau. C'est une scène toute simple, qui s'est répétée des millions et des millions de fois depuis que le monde existe, et pourtant, à travers ce dialogue-là, Jésus éveille dans le cur de la Samaritaine une recherche religieuse et fait d'elle un témoin qui amène ses compatriotes au Christ.
Frères et surs, c'est d'ailleurs ainsi que devrait se dérouler pour nous toute rencontre vraie avec le Seigneur. Une rencontre ne peut se limiter à un contact superficiel et rapide, il faut le temps, il faut se parler, s'écouter mutuellement, s'apprivoiser Quand nous rencontrons le Seigneur dans la prière personnelle ou dans l'Eucharistie du dimanche, celui-ci veut nous parler jusqu'à atteindre l'essentiel de notre vie, jusqu'à nous inciter à changer notre comportement et à nous amener à poser des actes concrets. Il veut nous amener nous aussi comme il l'a fait pour la Samaritaine, jusqu'au témoignage.
Mais cet homme si semblable aux autres est cependant différent, car Jésus manifeste une souveraine liberté dans tous les domaines. Il n'hésite pas à franchir des barrières et à renverser des tabous : il parle à une femme inconnue (ce qui provoquera la surprise de ses disciples) et qui plus est à une Samaritaine, ces gens avec qui les Juifs n'avaient rien de commun ! Il ne fait pas sienne la conception nationaliste et intégriste de ses compatriotes comme quoi Jérusalem serait le seul lieu où adorer Dieu. S'il s'en était tenu au qu'en dira-t-on et aux préjugés du temps, rien ne se serait passé et l'on ne parlerait pas aujourd'hui de la Samaritaine. Mais Jésus prend cette initiative d'amorcer le dialogue.
Il est beaucoup question de " soif " dans les textes de cette messe. Tout d'abord, dans la première lecture, celle des Hébreux dans le désert. Soif qui débouche sur la révolte et les récriminations du Peuple et qui amène Dieu à manifester sa présence en faisant, par Moïse, jaillir l'eau du rocher. - Dans notre vie de foi, engagés dans des chemins désertiques et arides, nous sommes tentés de croire, comme les Hébreux, que Dieu nous abandonne. En réalité il est la source présente sous nos pas, toujours prête à jaillir dès que nous crions vers lui.
Soif aussi de Jésus qui, nous l'avons dit tout à l'heure, nous montre qu'il est bien humain. Mais cette soif physique en cache peut-être bien une autre, celle de rapprocher une âme vers Dieu, soif d'être un Sauveur pour la Samaritaine.
Soif aussi de la Samaritaine. Elle est tout d'abord égoïstement intéressée par l'eau vive que lui propose le Christ. Avec cette source jaillissante elle n'aura plus besoin de venir puiser chaque jour ici sa ration d'eau Mais en elle sera comblée une autre soif : toutes ses insatisfactions et ses questionnements, tant au point de vue religieux que dans sa vie personnelle agitée, trouveront une réponse auprès du Christ.
Et notre soif à nous, frères et surs ? Nous aussi nous sommes de perpétuels insatisfaits. Créés à l'image de Dieu nous sommes sans cesse en quête de perfection, de vérité, de justice, et , comme le disait St Paul dans l'épître de tout à l'heure, nous espérons avoir part à la gloire de Dieu. Nous avons soif de liberté et aussi et surtout soif d'être aimés. Mais trop souvent pour tenter d'apaiser ces soifs nous allons nous désaltérer dans des eaux troubles et frelatées qui loin de l'apaiser ne font que l'aviver. Ecoutons le Christ qui nous dit aujourd'hui comme il le proclamait sur le parvis du Temple de Jérusalem : " Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive celui qui croit en moi ! " car c'est bien lui, le seul, qui puisse combler toutes nos attentes, le seul qui puisse répondre à toutes nos questions.
Avec la Samaritaine, nous dirons nous aussi au Seigneur au cours
de cette Eucharistie : " Seigneur, donne-moi de cette eau vive ",
et alors elle s'engouffrera en nous pour nous faire vivre de la vie même
de Dieu et fera de nous comme elle l'a fait de la Samaritaine des témoins
de son amour auprès de tous nos frères.
Amen
3ème dimanche de Carême
- Année A