3° DIMANCHE DE L'AVENT

Dimanche dernier, l'Evangile nous montrait Jean-Baptiste plein de fougue dans le désert de Judée au bord du Jourdain. Son cri avait été de préparer le chemin du Seigneur, de rendre droit ses sentiers, c'est-à-dire de se convertir, de changer de vie, d'ôter tous les obstacles qui nous empêchent de rencontrer, de recevoir le Sauveur, le Messie. Jean-Baptiste n'a reculé devant aucun obstacle: il est allé jusque devant le roi Hérode Antipas qui vit avec Hérodiade, la femme de son frère Philippe, pour lui reprocher sa conduite scandaleuse. Il paie de sa liberté, en attendant de la payer de sa vie, l'audace de tels reproches.

Jean-Baptiste avait sans doute cru que le Messie serait quelque peu à son image, qu'il allait extirper sous le coup de la colère de Dieu tous les pécheurs qui ne se seront pas repentis. Or du fond de sa prison, Jean apprend par des disciples, la manière dont Jésus remplit sa mission. En Jésus, il avait reconnu le Fils de Dieu, l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, mais la manière d'agir de Jésus ne correspond absolument pas à l'idée qu'il s'est fait du Messie. Loin de condamner les pécheurs aux supplices éternels, Jésus va de village en village, ouvrant les bras à toutes les détresses: il guérit les malades: lépreux, aveugles, muets; il pardonne ses péchés au paralytique, en même temps qu'il le guérit; il appelle à sa suite Matthieu le publicain qui était considéré comme pécheur public, et il partage la table des pécheurs. Loin d'être le Juge redoutable, impitoyable que Jean-Baptiste annonçait, Jésus se présente comme le Serviteur qui par son activité réalise les promesses du prophète Isaïe.

Aux envoyés de Jean, Jésus répond : "Rapportez à Jean ce que vous entendez et voyez. " Les promesses des prophètes se réalisent. Ce que Jean-Baptiste avait annoncé advient, mais pas nécessairement comme il l'avait prévu car il y a toujours un écart entre la volonté de l'homme et celle de Dieu. Oui Dieu est bien là, l'oeuvre de Dieu se réalise. Regardez, cela se passe sous vos yeux. Tous les laissés-pour-compte de la société, parce qu'ils ont un handicap de la vue, de la marche, de la maladie sont réintroduits à nouveau dans le groupe humain et retrouvent leur place et leur rôle dans la société. La Bonne Nouvelle, c'est-à-dire l'annonce de l'amour de Dieu aux hommes, est portée à tous, spécialement aux pauvres, à ceux-là mêmes qui pouvaient douter non seulement d'eux-mêmes, mais de la vie et de Dieu lui-même.

Le travail de Jean-Baptiste n'a pas été inutile, il a bien préparé les chemins du Seigneur, il a entrouvert les coeurs par ses appels à la conversion. Mais le Royaume de Dieu ne s'établit pas sur la puissance ou la force mais sur l'amour. Il est au coeur de l'homme, l'invitant à changer d'attitude. Il le pousse à agir tout de suite, comme le faisait Jésus, dans sa joie d'être aimé de Dieu. Il est aussi dans le bonheur de celui qui n'est plus rejeté, qui retrouve sa dignité d'homme.

Oui, le Royaume de Dieu se réalise quand les exclus retrouvent leur dignité et n'est-il pas en train de se construire quand ces pays du Tiers-Monde, ces boiteux de l'économie, peuvent se redresser parce que les pays riches les aident en reconnaissant leur droit au développement, quand des prisonniers d'opinion sont libérés après de longues années de captivité parce que des gens ont oeuvré inlassablement pour qu'ils ne disparaissent pas dans l'oubli? N'est-il pas en train de se construire quand les handicapés s'intègrent peu à peu dans la vie parce qu'on reconnaît leurs besoins, quand des jeunes sont aidés à surmonter leurs difficultés scolaires, quand on cherche à sortir les personnes seules de leur solitude par un geste de partage?

Reconnaissons la présence de Dieu dans chaque personne qui a aidé autrui à reprendre goût à la vie. Et nous comment sommes-nous partie prenante du Royaume de Dieu? Prenons quelques instants de silence, pour chercher comment nous pourrons faire rayonner autour de nous la vie que le Christ nous donne dans l'eucharistie.
Amen

3ème dimanche de l'Avent Année A