Jour de Pâques

Frères et sœurs, que la joie de ce jour de Pâques vous illumine, un jour de Pâques qui nous présente un évangile bien fatigant, épuisant même…je ne sais si vous l'avez remarqué à la lecture : ils n'arrêtent pas de courir.

D'abord Marie-Madeleine qui court avertir les apôtres, ensuite Pierre et Jean qui courent au tombeau ! Jean étant le plus jeune, arrive bien sûr le premier, mais par respect pour Pierre il n'entre pas. Pierre le suit, entre directement dans le tombeau et ne comprend pas. Comment l'aurait-il pu d'ailleurs car pour comprendre la résurrection, pour saisir un tel mystère, il faut d'abord, comme Jean, s'arrêter. Il faut prendre du temps.

C'est peut être là la première leçon que nous donne cet évangile à nous qui n'arrêtons pas de courir, qui sommes pris tout le temps au risque de nous faire dépasser tant par les événements que par nous-mêmes. Tout va tellement vite, on a à peine vu le Carême passer, alors que le Carême était cette occasion qui nous était donnée pour revenir à l'essentiel, et voilà que, pour certains d'entre nous, nous sommes passés à côté. Etre capable de s'arrêter, oui, pour pouvoir jauger à sa juste valeur le sens de la vie que nous menons, prendre du temps pour se poser les vraies questions : Etre capable de s'arrêter, pour oser se confronter avec soi-même pour pouvoir contempler ce que nous sommes et ce qui nous fait vivre. Oui, frères et sœurs, pour comprendre, pour tenter de saisir une partie du mystère de la résurrection, de la vie, il faut d'abord s'arrêter, faire le vide.

Mais la deuxième leçon que nous donne cet évangile c'est ce que le renard du Petit Prince avait su si bien dire : " On ne voit bien qu'avec le cœur " ! Pierre et Jean on vu les mêmes choses matérielles au fond du tombeau : des bandelettes à terre et le suaire enroulé plus loin. Pierre, lui n'a pas compris… Jean, le disciple que Jésus aimait, voit avec les yeux du cœur et comprend aussitôt que si les bandelettes sont là Jésus n'a pas été enlevé mais qu'au contraire il est ressuscité, il est vivant ! Et alors il y a ce flash magnifique de l'évangile : il vit et il crut. Il est aussitôt intérieurement sûr de la présence invisible du ressuscité. Oui, c'est bien vrai, on ne voit bien qu'avec le cœur.

C'est cela ce que Jean nous fait découvrir en ce jour : la raison sans amour ne peut saisir ce qui donne le vrai sens à notre vie. Sans amour, nous ne sommes que des cymbales retentissantes, chante saint Paul dans son hymne. Il nous faut une dose d'amour pour comprendre la résurrection, il nous en faut toujours autant pour continuer à vivre du Ressuscité, il nous en faut toujours autant pour nous sentir fils et fille de Dieu et frères et sœurs les uns des autres.

Prenons alors le temps de nous arrêter, de nous arrêter pour aimer. Et pour nous aussi ce sera le début d'une nouvelle vie, le départ d'un nouveau printemps.
Amen.

Jour de Pâques. Année A-B-C (Jn 20 1-9)