Avec ce dimanche nous entrons en Carême, voilà un mot bien peu réjouissant et certains chrétiens ressentent un peu à son approche le même serrement d'estomac que lorsqu'il s'agit de remplir leur feuille d'impôt ou de se mettre en règle avec leur percepteur... comme si le Carême ne consistait qu'à se mettre en règle avec Dieu !
Autrefois, quand on entrait en Carême, la voie était toute tracée et le programme strictement fixé : privations, mortifications, pénitence... Mais depuis, la discipline a été assouplie si bien qu'un certain nombre de chrétiens, ne savent plus trop quoi faire au juste. Ils appliquent alors à la lettre le conseil :"Dans le doute abstiens-toi"... et ne font plus rien du tout ! La liturgie pourtant nous dit que le Carême est un temps de grâce, un temps favorable... Oui, il est un temps favorable qui nous est donné pour entrer en nous-même, pour nous resituer face à Dieu et aussi face à nos frères.
Entrer en nous-même, c'est je pense, notre
premier devoir de Carême. Dans notre vie de plus en plus trépidante
nous sommes sans cesse confrontés à de multiples sollicitations
qu'en fin de compte, nous retrouvons dans ces trois tentations que le Malin
fait miroiter à Jésus au désert. D'abord, la tentation
du boire et du manger, de l'avoir, du matériel, de la possession qui,
s'il prend le pas sur tout le reste, nous fait oublier Dieu et toute cette partie
spirituelle qui est en nous. Alors, petit à petit, nous allons vers la
mort de l'humain en nous, étouffé par le matériel et nous
ne sommes plus qu'un consommateur et non plus un Vivant, un Esprit, une Âme
La deuxième tentation c'est celle du paraître. Jésus est invité à se faire voir, à paraître, à mousser Oh qu'elle est forte de nos jours cette tentation là ! Tentation de l'extraordinaire, du prodigieux, de l'exceptionnel, de l'indice d'écoute et du sondage En mettre plein la vue aux autres et briller C'est toujours le combat de l'ETRE et du PARAÎTRE du faux-semblant et du vrai ! Qu'en ce Carême nous cessions de faire semblant pour n'être plus vraiment que homme et que fils et fille de Dieu.
La troisième tentation c'est celle du pouvoir, celle qui nous pousse à vouloir dominer les autres, à les voir à nos pieds, à les " posséder " d'une certaine manière, en les maintenant dans la dépendance et dans la soumission. C'est une tentation subtile car elle empêche en quelque sorte les autres d'exister et d'être eux-mêmes.
Et bien, ce Carême nous invite à lutter pour échapper à ces trois tentations de l'avoir, du posséder et du paraître et nous aurons alors les coudées franches pour pouvoir nous tourner un peu plus vers Dieu et un peu plus vers nos frères. Pour pouvoir nous mettre en marche vers Dieu en ce Carême c'est un peu comme pour un bateau, il faut d'abord lever l'ancre, il faut d'abord s'arracher à ce qui nous retient et nous paralyse : paresse, égoïsme, sensualité, soif du pouvoir etc...et la liste est longue de tout ce qui peut nous retenir sur le rivage.
La deuxième direction vers laquelle doit porter notre regard ce sera notre prochain. Ce sera pour nous une garantie que nous ne fuyons pas nos responsabilités d'homme pour nous réfugier dans l'angélisme, car c'est bien lui qui a dit :"Tout ce que vous ferez au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le ferez." L'amour du prochain bien compris nous rapproche de Dieu, tout comme l'amour de Dieu bien compris doit nous ramener vers nos frères, l'un nous renvoie vers l'autre comme dans une partie de tennis ou de ping-pong. Que me servirait de rencontrer Dieu si je laisse mon voisin dans le besoin à ma porte, et d'ailleurs, pourrais-je même le rencontrer si je fais cela ? Ce serait un grand malheur de croire qu'il suffit de faire l'un à fond pour satisfaire automatiquement l'autre. Une voiture qui ne braque qu'à gauche ou à droite n'avance pas, elle ne fait que tourner en rond sur elle-même... Pour avancer en ce Carême il nous faudra braquer vers Dieu ET vers nos frères.
Et bien, frères et surs, en ce début de
Carême je ne puis vous dire qu'une seule chose : larguez vos amarres,
jetez du lest, balancez par-dessus bord tout ce qui vous alourdi et vous maintient
au ras du sol. Prenez de la hauteur pour mieux vous rapprocher de Dieu et pour
mieux voir les besoins de vos frères. Mettez-vous en route car, nous
disait St.Paul le Mercredi des Cendres, c'est maintenant le moment favorable...
c'est maintenant le jour du salut.
Amen.
1er Dimanche de Carême. Année
A.