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(e-mail du Père Kunégel Pierre le 1 juillet 2004)
Nous
sommes encore et toujours dans le brouillard. Je suis venu à Korhogo
hier après midi. Comme je quittais la Mission, un rebelle m'a prévenu
que la ville de Korhogo était bouclée. Il y a eu des bagarres
sévères entre rebelles, on parle d'une vingtaine de morts
à Korhogo. J'ai tout de même pris la route et, surprise,
il n'y avait personne pour garder les barrages à l'entrée
de la ville. Je suis donc arrivé sans encombre au "Rendez-Vous",
notre centre d'accueil à Korhogo. Mais là, on m'a dit qu'il
était interdit d'aller en ville. Tout est bouclé. De fait
on entend des tirs tout proches.
En cours de route j'ai croisé 7 véhicules 4x4 camionnettes,
chargés de rebelles armés jusqu'aux dents de roquettes et
d'autres jouets dangereux, encadrant une mercédès noire
aux vitres teintées. Ca prend aux tripes et fait palpiter le cur!!!
Je pensais descendre à Abidjan aujourd'hui, avec le Père
Founchot qui m'a proposé de l'accompagner, pour les ordinations
de 2 prêtres et 4 diacres Sma. Mais il n'est pas question de prendre
la route dans ces conditions, tout le long de la route c'est l'effervescence
et Bouaké est bouclé également. Ce sont deux clans
rivaux qui s'affrontent et se font des règlements de comptes. Il
est préférable d'attendre que ça se calme un peu.
Ce matin avec le Père Founchot, nous avons tenté d'aller
en ville. Nous n'avons croisé aucun véhicule, sauf ceux
des rebelles, quelques mobylettes et vélos et quelques rares personnes
à pied. Certaines boutiques étaient ouvertes ainsi que le
marché, avec ordre de fermeture à partir de 11h30. Celui
qui transgresse le fait à ses risques et périls!!!
A notre retour au "Rendez-vous" nous avons rencontré
Charly qui venait de Sirasso ce matin. Il nous a dit que les gars armés
que j'avais croisés hier, étaient arrivés jusqu'à
Sirasso pour arracher les armes aux rebelles qui feraient partie du clan
opposé à celui du "chef " de Korhogo. En passant
ils ont fait sauter tous les barrages le long de la route dont celui de
Kombolokoura. Il ne reste qu'un seul barrage à 20km de Korhogo.
Les gars, voyant venir la colonne, ont fui en brousse avec leurs armes!!!
Reviendront-ils? L'avenir nous le dira!
Voilà où nous en sommes après deux ans de tractations,
de croche-pieds, de mensonges et de mauvaise foi! Personne ne fait confiance
à personne. Et nous sommes au milieu de tout cela, impuissants.
Les gens subissent avec patience, mais pour combien de temps encore?
Que
de misères pourraient être résolues avec un peu de
bonne volonté!
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