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par
Jacques VAROQUI
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Article
paru dans le N° 3 ( juillet 1990) de la revue missionnaire allemande
: "Zeitschrift für Missionswissenschaft und Religionswissenschaft"
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Sahel,
endémies, dette extérieure, mégalomanie, corruption,
xénophobie religieuse ou ethnique; africains eux-mêmes et occidentaux
ne savent plus à quel saint ou à quel génie il faut
se vouer. Ce constat est le fruit d'une avalanche de faits et d'informations
qui pour aussi spectaculaires qu'ils soient, n'en sont pas moins lassants.
Les réalités sociologiques modernes des villes et des villages
africains ne constituent pour beaucoup qu'une toile de fond quotidienne,
aux relents exotiques et "quiétistes", où il est
difficile de s'imaginer que se joue, tous les jours, le drame de l'humanité
noire. 1
Ne faut-il pas chercher à un niveau plus ontologique, les raisons
de la dérive socioculturelle de ce continent ? Ce qui nous préoccupe
n'est-ce pas en réalité, la partie visible d'une sorte d'iceberg
qui fondrait au soleil des tropiques ? L'image est paradoxale, mais l'Afrique
n'est-elle pas tout entière un paradoxe qui défie l'homme
politique, l'économiste, le sociologue ou le théologien? |
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Nous ne prétendons pas faire toute la
lumière sur les raisons des "contre-sens" actuels de
l'Afrique. 2 Nous voulons nous attarder sur
trois sujets incontournables qui constituent, à notre avis, un
préalable à toute discussion sur l'inculturation qui figure
au programme des débats.
1) "L'anti-histoire" comme origine
du "néotraditionalisme" africain.
2) Le refus du conflit épistémologique comme source
du "néotraditionalisme".
3) L'herméneutique comme moyen d'expression authentiquement
africain.
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Nous nous réservons le soin, à
la fin de ce bref essai, de proposer des amendements au concept d'inculturation.
Mais des considérations préliminaires s'imposent sur ce
que nous qualifions comme "néotraditionnel ou néotraditionatisme"
dans l'Afrique d'aujourd'hui. Cette notion peut recouvrir, à notre
avis, ce que nous pourrions appeler: "une sorte de syncrétisme
qui résulte à la fois, de la tradition coutumière,
et du modernisme africain inspiré par l'occident". C'est un
comportement en perpétuelle évolution qui trouve sa signification
dans ces deux domaines discordants de la culture africaine, sans toute
fois y trouver un sens qui puisse totalement le justifier.
Prenons un exemple: il faut près de 150.000 FCA pour mener un camion
de A. jusqu'à B., soit 1 000 Km. Pourquoi? Tout simplement, parce
que policiers, gendarmes et douaniers, tout en exerçant leur devoir
de contrôle officiel des personnes et des véhicules, exercent
aussi un droit personnel et traditionnel de passage. Ils le détiennent
par le fait même de leur autorité à l'endroit où
ils se trouvent, et par les pièces d'identité ou de véhicule
qu'ils peuvent ne pas vous rendre. Car traditionnellement, l'exercice
d'un pouvoir donne droit à la perception d'un honoraire. La pratique
est la même dans l'enseignement lors des examens, et dans tous les
services publics. Nous pourrions multiplier les exemples de ces comportements
modernes africains où l'accumulation des significations a remplacé
la pertinence du sens.
Cela veut-il dire que 1'Afirque a perdu le sens de l'histoire, et qu'elle
ne sait plus situer les vérités dans son contexte propre?
Faut-il admettre que l'univers symbolique qui est le sien, se résume
à une accumulation toute primaire de ce qui est signe socio-religieux
de puissance et économico-politique de pouvoir? Faut-il en conclure
qu'il n'y a plus d'éthique africaine? ... Le paradoxe n'est-il
pas justement, à travers le désarroi d'une certaine confusion
ou pauvreté anthropologique moderne, l'affirmation de capacités
intrinsèques et inexplorées? 3
C'est cette réalité que nous allons tenter de prendre en
compte à présent.
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1.
L'anti-histoire africaine, cause du néotraditionalisme. |
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Par
"anti-histoire", nous ne voulons pas proposer l'usage d'un nouveau
concept, mais celui d'une image. L'image d'une pratique de l'histoire
qui serait une sorte d'exorcisme de l'histoire.L'histoire objective, au
sens occidental, n'est pas coutumière en Afrique. Elle se doit
par l'entremise du griot ou de la télévision, de servir
une cause. Sa fonction est " historico-mythique ". Elle assure
bien au-delà du souvenir des événements, la cohérence
et la pérennité des symbolismes dont la société
a besoin pour s'affirmer. L'évocation historique définit
le cadre d'un espace dans lequel la vérité est évidente
et en dehors duquel elle devient une erreur.
Qui ne s'est pas impatienté à l'écoute ou à
la lecture de ces longs préambules historiques aux discours africain?
4 Deux phénomènes pervers sont mis en exergue
par ces considérations comme un double coup d'arrêt infligé
au sens coutumier (originel) de l'histoire. Le premier est la colonisation,
le second est l'indépendance. Le choix de cette pratique de l'histoire
adaptée à ces deux propos permet en effet d'échapper
à l'appréciation traditionnelle en posant les fondements
d'une vérité nouvelle. Mais l'on se trouve alors dans une
situation ou ce que l'on prétend être de l'histoire n'en
est plus une, car elle disqualifie celle qui fonde authentiquement la
culture originelle. Cette pratique est en fait un argumentaire et non
pas de l'histoire.
La première réalité historique mentionnée
est donc, celle de la colonisation, comme première cause d'un blocage
global des valeurs traditionnelles. Celles-ci ont perdu leur efficience
sous la domination étrangère. L'événement
venant de l'étranger, il ne pouvait trouver sa justification dans
le microcosme traditionnel. Il devenait de fait, un événement
coercitif que l'Afrique indépendante se doit d'exorciser tout en
l'assumant à son avantage.
La seconde réalité qui n'est pas moins traumatisante, est
celle de la "postcolonisation ", expression que les intellectuels
substituent par celle des " indépendances ". Il leur
est difficile en effet, de conférer à ce concept une connotation
négative du fait de la tutelle idéologique qu'exercent les
dirigeants politiques sur la tradition. Les enfants y sont devenus en
quelque sorte les responsables de leurs parents.
5 L'histoire africaine ainsi inversée a perdu son
sens chronologique et sa fonction propre.
Il est facile de s'imaginer ce qu'est l'usage " néotraditionnel
" de cette histoire, lorsqu'elle est détournée au profit
du culte de la personne, de l'idéologie d'un parti unique ou d'un
mouvement religieux. Elle permet de chasser les démons (antiques)
qui oseraient la contredire tout en fournissant un alibi de bonne conscience
à celui qui la pratique.
Dans ce contexte de crise de la vérité historique, une théologie
africaine peut-elle éviter d'être comprise comme un idéologie
" néotraditionnelle "? Peut-elle se permettre d'être
à son tour devenir " anti - anti-historique ", c'est-à-dire
d'exorciser l'histoire " néotraditionnelle ", en la restituant
dans son plein exercice ?
Aucune réponse valable ne saurait être donnée à
ces questions sans que ne soit abordé le problème épistémologique
qui en découle. Il nous faut savoir quelle est la méthode
de connaissance qui prévaut actuellement en Afrique pour poursuivre
nos investigations.
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2.
Le refus du conflit épistémologique, source du néotraditionalisme
africain. 6 |
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L'histoire,
prise en otage et détournée de sa fonction révélatrice
du sens global de l'existence, a dépossédé les sages
de l'Afrique des fondements de leur savoir. Elle laisse de la sorte, la
place à une confusion épistémologique. D'autres savoirs
sont venus se substituer à la sagesse ancestrale. L'ethnologue,
par exemple, base sa connaissance sur l'étude systématique
de la linguistique, de la sociologie et de l'anthropologie de cultures
bien déterminées. Mais peut-il vraiment, au bout de sa démarche
d'observateur et d'analyste, risquer une parole qui puisse être
considérée comme authentique et universellement africaines
? 7 Le traditionaliste
lui répondra qu'il connaît beaucoup de choses, mais qu'il
ne sait rien en définitive.
8
En effet, avec l'ethnologie, bien des "logies" ont fait leur
apparition sur le continent. Leur utilité s'est souvent avérée
utile au service des pouvoirs économiques et politiques,
9 et assez peu, dans les réalités traditionnelles
perturbées. On comprend aisément dès lors, cette
réflexion désabusée de vieux chef qui dit: "Samory
est passé, les blancs sont passés, des Ministres et des
Présidents passent, et nous sommes toujours là". Ce
à quoi les spécialistes de tous ordres répondront
que cette sagesse immobiliste n'a pas de valeur universelle. En retour,
il sera demandé où se trouve la sagesse de celui qui prend
un pouvoir sans en détenir le savoir et inversement celui qui se
substitue à un savoir sans avoir de pouvoir!
D'autre part, l'africain répugne à écarter une quelconque
sorte de connaissance ou de savoir. Ce serait un suicide face aux impératifs
qu'impose la précarité de la vie qui donne sens à
toute forme de connaissance. Aussi le conflit épistémologique
est-il évité et remplacé dans la modernité
par une collusion opportuniste des connaissances et des significations.
Il en résulte, dans ce que nous appelons le néotraditionalisme,
une perte dans le sens et l'intelligence que l'on doit avoirs des choses
de la vie.
Le paradoxe est de taille. Gardons-nous en effet, de considérer
comme des aberrations toutes ces collusions de savoir et de connaissance.
Elles sont en fait, surtout au niveau religieux, autant de tentatives
désespérées de recherche d'un sens cohérent
à la vie.
Pourtant, à moins de se contenter d'une sorte d'archéologie
" ethnothéologique ",
10 c'est bien dans ce " néotraditionatisme "
que l'Église doit se risquer à l'inculturalion. L'exemple
qui suit, dit bien l'angoisse du chrétien africain moderne dans
ce contexte. Il se passe de commentaire.
Il s'agit d'une question écrite lors d'une retraite d'enseignants
de l'école catholique. "Paul, est un enfant de famille pauvre.
Le jour de l'examen, ses parents viennent pour aider leur enfant avec
un peu d'argent pour le maître ... Un maître de l'école
catholique a-t-il le droit de prendre aussi l'argent des parents pauvres
de Paul, comme le font tous les autres maîtres pour les enfants
de familles plus riches " ? C'est donc bien à une crise herméneutique
du sens des valeurs que nous avons affaire. On ne sait plus très
bien comment il faut les utiliser et les comprendre.
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3.
L'herméneutique, comme moyen d'expression authentiquement africain. |
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L'herméneutique
est une discipline philosophique d'un abord quelque peu rébarbatif.
Elle requiert, à la place de la critique, une interprétation
et une compréhension analogique des phénomènes naturels
et humains. La culture encyclopédique n'étant plus de mise
aujourd'hui, on oublie qu'il s'agit d'un mode de savoir des plus anciens,
puisqu'il remonte à Platon. La dialectique aristotélicienne
a eu raison d'elle à la fin du moyen âge,
11 et le rationalisme cartésien a écarté
sa pertinence jusqu'à Heidegger.
Relayée par P. Ricoeur et les symbologues comme G. Durand qui se
réclament de E. Cassirer et de G. Bachelard, on peut dire à
présent qu'elle réconcilie les temps modernes et l'antiquité
de Socrate et Platon.
12
Ce que nous venons de dire très rapidement comporte toutes les
erreurs que l'on peut imputer à une réduction philosophique
dont la base reste l'expression écrite des formes du langage. Dans
les cultures non écrites les comportements ont un sens langagiers
dont on a oublié en grande partie la pertinence. Il peut donc aussi
être soumis à l'investigation herméneutique. Plutôt
que de procéder à de fastidieuses démonstrations,
voyons à travers un exemple précis comment ce savoir de
l'interprétation est mis en oeuvre pour satisfaire aux exigences
de l'univers symbolique africain.
On vient, au cours de la nuit de voler un sac de riz à un commerçant
du village. Ce dernier accuse à tort une femme. Ne sachant comment
s'innocenter, cette dernière s'en remet au jugement des génies.
L'affaire est grave, car l'ordalie provoquera des morts parmi les partisans
de l'un ou de l'autre camp. Le commerçant, pour ne pas être
tenu pour responsable de ces morts pour le prix d'un sac de riz, retire
sa plainte. Trop tard, les génies ont été provoqués
! Le problème aboutit devant les "anciens" du village.
Ils se réunissent, et après un long conciliabule, le consensus
se fait. Ils vont aller célébrer des funérailles
en l'honneur des génies, afin de les "contenter ". La
cérémonie se fit au pieds de la colline derrière
ma maison, car ce sont les génies de la brousse et non ceux du
marigot qui sont mis en cause. Ils ont là, une case miniature qui
est leur lieu de séjour. On sacrifie quelques jeunes poulets et
l'orchestre des balafons du chef fait une prestation. Les génies,
désormais satisfaits, ne vont plus s'attaquer aux gens du village.
Il reste au voleur d'agir et de seprotéger individuellement. Il
le fait devant les " anciens " de son clan, en se dénonçant
lui-même, car la menace pèse toujours sur lui et sa famille.
On lui répond que le sac de riz n'est pas un problème pour
la famille, elle va le restituer. Mais pour les génies, il faut
qu'il aille consulter les devins et se plier à leurs exigences.
Il devra faire des offrandes et se soumettre à des interdits alimentaires
et sexuels.
Comme on peut s'en rendre compte, le vol d'un sac de riz n'est pas un
simple délit. C'est un événement à valeur
symbolique très complexe. Il occasionne une rupture de l'harmonie
sociale et religieuse du village tout entier. La sagesse mise en oeuvre
pour résoudre ce problème, est une sagesse qui sait globalement
tenir compte de tous les aboutissants de l'événement. Elle
consiste à savoir avec pertinence intervenir à tous les
niveaux d'interprétation. Rien n'a été négligé
et aucune initiative n'a été prise qui puisse entraver le
fonctionnement symbolique au niveau matériel, social et religieux.
De même que rien n'est venu s'opposer à l'éthique
traditionnelle qui, bien que nous n'en ayons pas fait état dans
notre récit, reste sauve. Elle est traitée de manière
"anagogique "
13 au plus haut niveau d'interprétation, celui de
la croyance religieuse.
Les africains savent très bien quel avantage il y a, à procéder
de cette sorte par rapport à la plainte déposée en
gendarmerie, l'essence qu'il faut payer pour déplacer les enquêteurs,
les frais de nourriture et de logement et les autres satisfactions que
le village doit assumer. Ils savent aussi que la mise en prison d'un coupable
ne résoudra pas tous leurs problèmes, comme le ferait un
bon palabre qui rend des jugements à la satisfaction de tous, pour
les plaignants comme pour les coupables.
Cette sagesse, ou plutôt cette gnose, patiemment acquise comme une
révélation traditionnelle est en voie de disparition. Cependant
nous avons pu nous en rendre compte, l'Afrique en est ataviquement pénétrée
et compense cette perte du sens global ancien des choses par l'accumulation
de significations aux origines les plus diverses.
Aujourd'hui pas moins qu'hier, la simple relation de cause à effet
ne suffit en Afrique pour constituer une base de fondement au sens de
la vie. L'énoncé de grands principes ou de dogmes sont insignifiants
lorsqu'ils ne courent pas le risque de l'usage herméneutique qui
peut en être fait. Associés à d'autres savoirs, Ils
peuvent être qualifiés de néotraditionnels, et subir
toutes les distorsions de sens imaginables.
Le problème tel que nous le posons, risque de réveiller
de vieux démons, non seulement parmi les théologiens, mais
aussi parmi les autres intellectuels. Le théologien va se demander
si l'herméneutique africaine que nous proposons comme référence,
ne doit pas être considérée comme une philosophie
religieuse. Dans ce cas, elle est une gnose susceptible d'engendrer des
hérésies. Le philosophe s'interrogera sur la pertinence
d'une philosophie gnostique africaine non spéculative et basée
uniquement sur 1e constat d'existence d'une pratique herméneutique
d'origine mythique. L'ethno-anthropologue demandera si la prétention
herméneutique chrétienne africaine relève en priorité
de l'anthropologie ou de la religion.
14 Ce sont là autant de risques de disqualification
qui doivent être pris en considération. On a connu "L'Oedipe
africain, va-t-on devoir admettre l'existence d'enfants noirs de Platon
"? 15
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...l'inculturation
en Afrique ?
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C'est
à dessein que nous n'avons pas abordé les problèmes
théologiques liés à notre propos. Nous ne prétendons
pas apporter ici une sorte de clé magique qui résoudrait
toutes les questions qui se posent à l'Eglise d'Afrique. Nous nous
contentons simplement de tirer quelques conclusions des trois aspects
particuliers de la culture africaine que nous venons de présenter
succinctement.
Le concept d'inculturation est théologique. Il va de soi qu'il
ne se définit pas d'une manière neutre. Mais, la culture
africaine qui nous intéresse, n'est pas neutre non plus.
La définition la plus connue de l'inculturation est sans doute,
celle du P. Arrupe. La voici: "L'inculturation est l'incarnation
de la vie et du message chrétien dans une aire culturelle concrète,
en sorte que, non seulement, cette expérience s'exprime avec des
éléments propres à la culture en question, mais encore
que cette même expérience se transforme en un principe d'inspiration,
à la fois norme et force d'unification, qui transforme et recrée
cette culture. Elle est ainsi à l'origine d'une nouvelle création."
16
Ce que cette définition ne dit sans doute pas assez à propos
de l'expérience de l'inculturation, c'est qu'elle doit être
une expérience spirituelle du dialogue tout autant que de la conversion.
Il est inconcevable, en effet, qu'une culture puisse dans le processus
d'inculturation, jouer le rôle d'une sorte " du mort "
dans une partie de bridge. Il nous faut prendre en considération,
que dans le processus de créativité de l'inculturation chrétienne,
l'un des facteurs de compréhension sera l'assumation des exigences
des cultures, et des problèmes, souvent non résolus, qu'elles
posent. Toute inculturation imaginée en dehors de cette réalité,
ne serait qu'une juxtaposition idéaliste du christianisme, un néotraditionalisme
de plus ...
Tout l'effort déployé par les théologiens africains,
pour débusquer les "valeurs" de la culture africaine
que le christianisme peut, non seulement assumer, mais aussi sublimer,
serait lettre morte, si l'Eglise ne donne pas un sens africain à
son histoire. Une histoire mystagogique, où l'expérience
filiale de Dieu et du Salut en Jésus-Christ, est aussi le lieu
où, l'Esprit est " africainement " intelligible et réellement
présent.
Et, si elle ne se définit pas elle-même comme paradigme du
Royaume, comme "synthème", contenant toutes les formes
et interprétations des symboles nécessaires à une
saine et sainte compréhension de tout l'homme, l'Afrique ne sera
jamais réellement une terre de salut en Jésus-Christ. Ce
sera un Continent où l'on connaîtra et pratiquera beaucoup
de choses appartenant au christianisme, mais où, hélas,
comme dirait un vénérable africain de mes amis, d'où
on ne sait rien.
Rédigé
à Komborodougou RCI en 1989, réactualisé à
Haguenau F en 2001.
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1- Cf. JEAN-MARC
ELA, L'Afrique des villages. Karthala, Paris 1982. La ville en Afrique
noire. Karthala, Paris 1983.
2- Cf. ACHILLE MBEMBE, Afriques indociles.
Karthala, Paris 1988 et DETALMO PIRZIO-BIROLI, Révolution culturelle
africaine. NEA, Dakar-Abidjan-Lomé 1983. Aucun concept n'est pur
en dehors de la culture qui l'a forgé. Il en est de même
pour les idéologies. L'Afrique se rebiffe contre ce qu'on a voulu
imaginer à sa place.
3- Cf. J.-M. ELA dans L'Afrique des villages.
L'expression est reprise par beaucoup d'auteurs comme E. MVENG, L'Afrique
dans l'Eglise. L'Harmattan, Paris 1985, p. 203. La pauvreté anthropologique
est considérée comme une pauvreté globale et radicale
dont le point culminant est la non reconnaissance culturelle et la perte
du savoir.
4- Aucun auteur africain ne peut se dispenser
de ces considérations historiques. Nous ne pouvons les citer tous.
A titre d'exemple, L. P. NGONGO donne un exemple type du genre dans "Pouvoir
politique occidental dans les structures de l'Eglise en Afrique",
in: Pour un Concile Africain. Présence Africaine, Paris 1978.
5- Cf. PAUL N'DA, Pouvoir, lutte de classes,
idéologie et milieu intellectuel africain. Présence Africaine,
Paris 1987.
6- C'est au niveau de la méthode de
connaissance que nous transcrivons en quelque sorte la problématique
herméneutique de P. RICOEUR dans Le conflit des interprétations.
Seuil, Paris 1969.
7- Cette question n'est pas neuve. Elle est
traitée par E. EVANS-PRITCHARD dans Les anthropologues face à
l'histoire et à la religion.Puf, Paris 1969.
8- L'expression de traditionaliste est utilisée
par AHMADOU HAMPATÉ BÀ pour désigner les spécialistes
africains des traditions qui sont les leurs. Discours de cloture du colloque
de la Société Africaine de Culture de Cotonou, Les religions
africaines comme source de valeur de civilisation. Présence africaine,
Paris 1972.
9- Cf. P. E. A. ELUNGU, Eveil philosophique
africain. L'Harmattan, Paris 1984.
10- Cf. O. BIMWENYI-KWESHI, Discours théologique
négro-africain. Présence Africaine, Paris 1981, p. 271-281.
il ne faut pas confondre notre propos avec celui fort pertinent de E.
MESSI METOGO. Théologie africaine et ethnophilosophie. L'Harmattan,
Paris 1985.
11- Abélard et Thomas d'Aquin ...
On peut considérer que le symbolisme néoplatonicien à
survécu jusqu'à cette époque si l'on accepte que
la pensée d'Augustin y a imprégné un sens irréversible
dans le domaine éthique par son De Anima et le De Civitate Dei.
12- Il semble que l'appel lancé aux
théologiens par G. DURAND lors du colloque théologique sur
le symbole à Strasbourg auquel participa aussi P. RICOEUR, en 1975,
cf. Revue des Sciences Religieuses, Strasbourg et R. ALLEAU, La Science
des symboles. Payot, Paris 1977, ait été entendu. CLAUDE
GEFFRÉ a fait publier un ouvrage majeur dans ce domaine, Le christianisme
au risque de l'interprétation. Cerf, Paris 1983, 2° éd.
1988. J.-P. MANIGNE s'inscrit dans le même mouvement avec Le maître
des signes. Cerf, Paris 1987. Un autre ouvrage de L-M. CHAUVET devait
les précéder de peu, inspiré des travaux de C. LÉVI-STRAUSS
et E. MORIN, Du symbolisme au Symbole, essai sur les sacrement, Cerf,
Paris 1979. Il paraît quelque peu anachronique dans notre débat,
hélas... Les travaux qui nous semblent les plus aptes à
nous venir en aide dans le domaine qui nous intéresse sont de G.
DURAND, L'imagination symbolique. Puf. Paris 1964; Les structures anthropologiques
de l'imaginaire. Bordas, Paris 1969; Science de 1'homme et tradition,
et Figure mythique et visage de l'oeuvre. Chez Berg International, Paris
1979. Ces derniers ouvrages sont des applications occidentales aux recherches
précédentes.
13- R.
ALLEAU, La science des symboles. Payot, Paris 1977, p. 120.
14- Problème déjà soulevé
à la note 7., Nous le confirmons par l'introduction de C. LEVI-STRAUSS
à Antropologie Structurale. Plon, Paris 1958- 1974.
15- M.C. et E. ORTIGUES, Oedipe africain.
L'Harmattan, Paris.
16-P. ARRUPE, Itinéraire d'un jésuite.
Centurion, Paris 1982, p. 76.
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