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Un flash d'infos :
#    Lataha est situé à 17 km au Nord-Est de Korhogo et compte 2500 habitants (13000 dans tout  le secteur) 
      Du point de vue administratif le village est régi à la manière traditionnelle par un chef de village. 
# La population fait partie de la grande ethnie des " sénoufos " du Nord.
# La religion dominante c'est l'animisme traditionnel et non pas l'Islam comme on a l'habitude de le dire.       Elle est fortement implantée par les coutumes et rites initiatiques appelés " poro ".
# Le nombre de chrétiens sénoufos de la région oscille entre 4 et 6% alors que Korhogo fut visité par les       premiers missionnaires SMA dès 1895. Cela prouve le profond enracinement de la religion traditionnelle.
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Us et coutumes de ce monde rural :

Le coton et le riz dans les nombreuses retenues d'eau sont les cultures principales. On cultive avec un attelage de bœufs et une toute petite charrue…. Pour les femmes c'est encore l'âge des interminables cueillettes de jour et de nuit du néré et du karité, deux arbres bénis par Dieu et qui produisent le beurre local, indispensable pour les sauces de l'unique menu journalier. Le karité par ailleurs est bien vendu, car il entre dans les produits cosmétiques de l'Europe. L'arachide est un autre produit de la culture des femmes. Ces trois " fruits de la terre " constituent leurs principales sources de revenus qui leur permettent à elles et à leurs enfants de survivre au quotidien. Car ici on se marie dans la séparation des biens ! Le mari reste dans " sa " famille et la femme dans la " sienne ". On appelle cela le système " matrilinéaire ".

Le monde rural des sénoufos est un monde bien statique - cyclique et répétitif - comme toutes ces sociétés dites premières. On a besoin de tous les bras pour la culture car les seuls revenus annuels viennent du coton et s'élèvent en moyenne à 450 Euros : (3000 FF) pour entretenir une famille de 5 enfants en moyenne pendant 12 mois, ce qui fait un revenu mensuel de 38.16 Euros c.à.d. 250 FF pour nourrir, habiller, soigner les enfants et les envoyer à l'école...

Parlons-en de l'école ! Une vraie détresse, car il n'y a pas plus de 15% de garçons et environ 7% de filles qui vont à l'école …. Tous les autres traînent au cul de vaches dans la brousse si ce sont des garçons, et les filles s'initient aux durs travaux de la femme africaine, en perpétuel mouvement, toujours chargées d'un cuvette ….

La Mission à Lataha :.

Le bourg de Lataha est constitué par un groupe linguistique à part parmi les sénoufos. On les appelle les " fodonons ". Ce sont les faiseurs de pluie et ils ont la réputation de toujours " exagérer ". Cependant les 20 villages environnants que nous visitons appartiennent au groupe senoufo des " Tyembara "

Nous sommes venus chez eux. Ils nous ont accueilli mais sont-ils obligés de vivre comme nous ? Je ne le pense pas ! C'est la parabole du semeur qui s'applique et même en amont de la Parabole. Car ici même la graine met du temps à tomber !

Au vu des statistiques on pourrait a priori dire : Mission Impossible ! Que faire ? Dans le Petit Prince de Saint-Exupéry le renard dit : " Apprivoise-moi ! "… Et je crois bien qu'ici je suis le renard. C'est moi qui dois me faire apprivoiser par mes frères et sœurs sénoufo de Lataha et environs. Car une fois apprivoisé, je serais des leurs

et ensemble, nous pourrons cheminer avec Jésus vers Emmaüs et la fraction du pain. Jésus a mis 30 ans avant de " paraître " ! En attendant je cherche ma voie/voix… convaincu que la Mission n'est jamais impossible.

Un face à face :

Sur le plan chrétien, seule 3 % d'une population des 13 000 âmes est chrétien, non pas par mépris mais par attachement atavique à un ensemble de pratiques et de coutumes qu'ils jugent plus commodes et plus efficaces que l'eau des chrétiens et le corps de leur Dieu. Leurs rites traditionnels auprès de leurs génies avec le poulet égorgé, le sang répandu et l'œuf brisé leur parlent davantage et les rassurent plus que nos sacrements...

Les recours à la pharmacopée locale et les consultations de leurs prêtres, voyants ou sacrificateurs locaux sont en augmentation. Ce qui est normal, dans un secteur où il n'y a ni électricité - sauf dans quelques villages - ni eau courante, ni administration communale, ni service public ( postes - transport en commun etc.. ). Il y a certes un dispensaire mais les médicaments y sont hors de prix. !

Alors Mission Impossible ? Nooon ! Mais comme dit l'africain : pour le moment on est là ! C'est une activité ou mission de présence ! D'ailleurs la Mission est liée au développement !

Conclusion :

Père Jean-Pierre FREY
B.P. 11 KORHOGO
CCP. 10 64 S Strasbourg

Ce n'était qu'une présentation. " J'ai donné la nouvelle " comme on dit ici. Car il faudrait parler des coutumes, de la santé, de la solidarité et des moyens de développement, de l'initiation au poro etc...

Bloqué en France à la fin de son congé par les événements de Côte d'Ivoire, Jean-Pierre est reparti pour le Togo, à Adamavo, en attendant que la situation se décante.